Dabiq : média de la terreur de Daesh

Une quarantaine de pages informent sur le califat en Irak et en Syrie. Distribué gratuitement à la population sur le territoire occupé par l’état islamique, le magazine est surprenant par sa mise en page très soignée. Certains numéros du magazine sont même traduits dans différentes langues (ici en français).

 

Dabiq. C’est le nom du magazine de propagande et d’information djihadiste produit et distribué par l’état islamique. La revue est publiée par la branche médiatique de l’état islamique, al-Hayat Media Center. En arabe pour sa version papier, il exige une version anglaise disponible en ligne (le n°11 est consultable au format PDF ici et tous les numéros sont disponibles ici).

 

Pourquoi ce nom, Dabiq ?

L’une des nombreuse tradition islamique consiste à situer la « bataille finale entre les forces du bien et du mal » dans la ville syrienne de Dâbiq.

Le magazine a-t-il une ligne éditoriale ? 

Oui. Et même avant cela, il a trois mots d’ordres martelés : « Sam’, Ta’ah, Jama’ah: écoute, obéis, et ne trahis pas. » Sa ligne éditoriale, repose sur une croyance, celle de l’existence de deux mondes : « le camp de l’islam et de la foi, et le camp de l’incrédulité et de l’hypocrisie ». Dans un article, Amirul-Mu’minin, le Commandant des croyants et des fidèles, explique la division de ces deux univers : il y aurait d’un côté les musulmans et les mujahidin (ceux qui se battent pour leur religion) et de l’autre côté « les juifs, les croisés, leurs alliés, et avec eux, le reste des nations dirigées par l’Amérique et la Russie ». Le message envoyé est clair : les Américains et le monde occidental sont les ennemis de l’État islamique.

Existe-t-il des concurrents ?

Oui, et le principal d’entre eux est le magazine d’al-Qaeda, Inspire. Mais il existe aussi d’autres magazines de propagande djihadiste, qui ne sont pas concurrents pour autant mais qui ne sont pas tous réalisés par l’état islamique. Ils s’appellent Azan, Résurgence, Mou’askar al-Battar, Saout al-Jihad,  Al-Khansa’ ou encore Al-Shâmikhat.

 

Une propagande médiatique soignée qui reprend des codes occidentaux

 

Aujourd’hui, ce sont douze numéros de ce magazine qui ont vu le jour. Et comme le souligne Mathieu Slam (communicant et connaisseur de la propagande de l’état islamique) : « au fur et à mesure des parutions la maquette est de plus en plus sophistiquée et les articles de plus en plus soignés. La forme est inspirée des grands hebdomadaires occidentaux, avec une reprise de leurs codes : sommaire, titraille, maquette qui met en avant les visuels et les photos. Sur le fond également, les codes de la presse traditionnelle sont repris : interviews de combattants de l’organisation (dont un, dans un précédent numéro, d’Abou Omar qui aurait été un des coordinateurs des attaques de Paris), focus sur un sujet particulier pour chaque numéro etc. »

Dans son contenu, le magazine fait appel à des genres journalistiques variés mais semblables à ceux utilisés dans la presse occidentale là encore. Ainsi, on trouve dans le numéro 8, une interview est consacrée à Abou Muqatil Al-Tunisi, l’assassin du député tunisien Mohammad Brami. Il n’empêche que si la forme s’apparente à celle utilisée par des magazines occidentaux, le fond quant à lui reste au service de la propagande : il y a aussi bien des articles justifiant les attentats que des enseignements théologiques, des menaces aux ennemis, la glorification du califat, les appels à l’immigration. Dans les derniers numéros, il existe même un « top 10 » des vidéos diffusées par l’état islamique.

Par ailleurs, l’état islamique diffuse aussi des magazine dans d’autres langues, « destinés aux publics étrangers » selon les départements de propagande de Daesh. Un magazine en français, Dar-al-Islam, est par exemple diffusé depuis décembre 2014. Là encore, la présentation est soignée, tant sur la forme que sur le fond et il y a une constante amélioration.

 

La propagande médiatique : quels avantages et quels résultats ?

 

Pour l’état islamique, ces magazines présentent l’avantage de diffuser des messages en grande quantité à leurs partisans. De plus, ils montrent par là même qu’ils sont organisés et que leurs messages et leurs actualités ne sont plus simplement relayés sur internet. Ils visent ainsi un public plus large et sont plus crédibles, notamment en Occident lorsqu’ils appellent au djihad. Cela ne passe plus par internet mais les supports se diversifient. Et les djihadistes savent utiliser aussi bien le poids des mots que la force des images. Presque chaque page montre un combattant, un drapeau de l’état islamique, ou des soldats ennemis morts pour inciter à la haine. Il arrive aussi que ce soient des soldats de Daesh morts au combat qui sont montrés, mais là, il s’agit de susciter une envie de vengeance. Femmes, enfants, hommes… Personne n’est épargné des photos non-flouttées de ces corps sans vie. Enfin, comme l’indique Mathieu Slam, « ce n’est pas un hasard s’ils s’adressent à des publics vivant en Angleterre, en France, en Allemagne ou en Belgique : il s’agit de viviers de recrutement considérables et donc prioritaires. La propagande doit s’adresser aux publics les plus réceptifs, c’est une règle assez classique. »

Daesh a aussi recours à d’autres moyens de communication médiatique (plus d’informations ici).

 

Pourquoi les djihadistes lèvent le doigt au ciel ?

 

Christophe Magat

 

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