Quand Google s’improvise rédacteur en chef

 

Être bien référencé pour se garantir une visibilité : c’est la nouvelle obsession des journalistes. Le géant de l’Internet a d’ailleurs récemment publié 160 pages dans lesquelles il expose les critères qui définissent un bon site web à ses yeux. Un guide que doivent suivre assidument les journalistes s’ils veulent voir leurs articles apparaître dans les premiers résultats du moteur de recherche après leur publication.

« Chercher à ce que l’info soit trouvée ». Dans sa thèse, Guillaume Sire a résumé à la perfection la nouvelle préoccupation des journalistes depuis l’arrivée en puissance du web. Cette affirmation est également l’illustration d’une véritable dépendance des journalistes à l’égard du géant du web qu’est Google. Ce qui n’était au départ qu’un outil dans la recherche et la production d’information s’est désormais imposé dans toutes les rédactions comme un enjeu vital pour être rentable. Google a même été jusqu’à soumettre aux rédactions une mise en page, commune à tous les sites d’informations qui souhaitent voir leurs articles référencés sur Google. Titres courts, mots-clés, photos… Au final, les pure-players adoptent tous les mêmes éléments. Journalistiquement, ça s’appelle : “ne pas être très intéressant”, comme on peut le lire dans un article de Guillaume Sire.

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Google Trends : une définition des contenus ?

Google a créé des outils pour leur simplifier la vie et a donc rendu les journalistes dépendants. Avec Google Trends seulement quelques clics suffisent pour que les journalistes sachent tout des tendances qui circulent le plus sur la toile. L’outil en ligne propose même depuis juin 2015 d’accéder à des données en temps réel. Là encore, on peut voir ici une nouvelle illustration d’une véritable stratégie de séduction : « Nous avons construit Google Trends spécialement pour les journalistes », peut-on même lire sur la page d’accueil.

À titre d’exemple, lorsque Mark Zuckerberg avait annoncé la naissance de sa fille il y a quelques semaines, c’était justement son nom qui apparaissait au top de la liste calculée par Google Trends. On pouvait alors sans grande difficulté s’apercevoir que cette heureuse naissance était relayée partout sur les médias. Cet outil n’est en fait rien de plus que l’illustration du mode de fonctionnement des médias, imposé par la logique d’instantanéité d’Internet : il faut donner aux lecteurs ce qu’ils veulent lire.

C’est d’ailleurs ce qu’expliquait Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction de l’Express, sur le plateau de l’émission Médias le Mag le 6 décembre dernier: “Notre premier lecteur, c’est Google, notre deuxième lecteur c’est le lecteur de Google, on est obligé de tenir compte de ça” . Cette déclaration illustre parfaitement les nouveaux enjeux auxquels les médias sont aujourd’hui confrontés : s’ils veulent être rentables sur le web, il leur faut alors faire quelques sacrifices de contenu. Tout comme en presse quotidienne, où l’on sait que les sujets qui font le plus vendre sont les faits-divers, le web a ses articles de prédilection.

« Aider à construire l’avenir des médias »

Si Google influence les contenus des articles, la firme de Moutain View veut également conquérir le coeur des journalistes et autres développeurs en leur fournissant des informations, des données, et même de nouveaux outils et tutoriels grâce à Google News Lab. Une ambition de haute volée, puisqu’il s’agit pour Google de collaborer « avec les journalistes et des entrepreneurs pour les aider à construire l’avenir des médias ». Le géant de l’Internet dément vouloir recruter des professionnels du journalisme, mais rassemble en un seul et même endroit toutes les ressources nécessaires à l’exercice de leur métier.

Il devient donc beaucoup plus simple pour les journalistes de suivre les évolutions des outils, à l’heure où le journalisme web est en pleine expansion.

Concrètement, les outils de Google News Lab sont classés en quatre catégories pour rechercher l’information, la mettre en forme avec des outils de visualisation, la partager, et pour optimiser les contenus sur le web. Evidemment, tous ces outils bénéficient d’un tutoriel afin que chaque journaliste puisse utiliser correctement les outils qui sont à sa portée. On peut ainsi apprendre en vidéo comment facilement construire une carte personnalisée pour mon site web pour raconter une histoire. Mais tout ça ne peut évidemment pas se faire sans source, ou sans donnée. Là encore, Google est là pour tout donner sur un plateau d’argent.

En prenant les journalistes par la main, Google s’impose petit à petit dans les rédactions qui doivent se plier aux mutations du métier. Et doucement, la firme de Mountain View devient indispensable au point même d’influencer considérablement les contenus, que les journalistes se chargent d’écrire… Du moins, pour l’instant.

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