Groupe Canal + : Vincent Bolloré, un bilan mitigé

La marionette de Vincent Bolloré. (Photo Canal +)

Le Grand Journal, les Guignols, I-Télé… Au sein du groupe Canal +, depuis les premières rumeurs de sa prise de pouvoir, début juillet 2015, Vincent Bolloré a tout changé, ou presque. L’homme d’affaires, qui pèse pas moins de onze milliard d’euros, a voulu le remodeler en profondeur pour lui donner un second souffle. Entre le turn-over dans les effectifs, la rebaptisation des chaînes et la refonte de programmes historiques, l’industriel breton, actionnaire majoritaire du groupe Vivendi, a fait une arrivée spectaculaire. Avec un message clair : “Notre objec­tif commun sera le déve­lop­pe­ment du groupe Canal. (…) la concur­rence entre les enti­tés et les cloi­sons va dispa­raître chez Canal pour lais­ser place à un travail plus trans­pa­rent, plus effi­cace et moins onéreux”, pouvait-on lire dans la lettre envoyée à l’ensemble des salariés du groupe, le 3 septembre 2015, jour de son intronisation.
La critique n’a pas toujours été tendre avec lui, à l’image de la polémique du documentaire sur le Crédit Mutuel dont il aurait cherché à empêcher la diffusion.  Alors, six mois après le début de son ambitieuse entreprise de reconstruction, quel premier bilan peut-on tirer ?

Canal + entre pertes d’audiences et de gros contrats

Exit Rodolphe Belmer, Bertrand Méheut, son prédécesseur à la tête de Canal +, et Renaud Le Van Kim : à Canal +, Vincent Bolloré a fait du ménage. À l’amorce de l’été, Antoine de Caunes semblait assuré de rempiler pour une troisième saison à la tête du Grand Journal, comme le montre sa déclaration à la fin de son émission du 26 juin 2015, la dernière de la saison : « C’était le dernier ‘Grand Journal’ de cette saison ! Merci, merci à vous tous de nous avoir suivis fidèlement même si l’actualité ne prête pas tous les jours à sourire. Je vous souhaite à tous de profiter des beaux jours de l’été. Rendez-vous en pleine forme le 31 août ! »
Mais ça, c’était avant que Bolloré n’impose pas sa patte. Le 11 juillet, l’ex-compère de José Garcia faisait ses adieux sur Twitter :

Exit De Caunes, c’est Maïtena Biraben qui a été projeté en haut de l’affiche. Mais l’ancienne présentatrice du « Supplément » n’est pas parvenu à influer le souffle que recherche Vincent Bolloré. La nouvelle formule n’a pas su séduire les téléspectateurs, comme le montre les chiffres d’audience : seulement 625 000 téléspectateurs en moyenne entre le 7 septembre et le 18 septembre, soit de près de deux fois moins que la saison précédente, déjà déclinante (1,1 millions de fidèles). Loin derrière Touche Pas à mon Poste, qui réunit plus d’un million de fidèle chaque semaine sur D8, la petite sœur de Canal +.
Et si l’émission phare de Talk-Show de Canal, souvent considéré comme le vaisseau amiral du groupe, n’a pas décollé, cela peut s’expliquer en partie par les changements imposés aux désormais ex-Guignols de l’Info, rebaptisés sobrement « Le Guignols » : les auteurs historiques (Lionel Dutemple, Julien Hervé, Philippe Mechelen et Benjamin Morgaine) ont été remerciés, l’horaire a changé – de 19h52, en plein milieu du Grand Journal, à 20h55, avant l’émission en prime – et l’émission est passée en cryptée, avec possibilité de visionner la quotidienne sur la plateforme Daylimotion quelques heures après sa diffusion.

Un choix qui a, lui aussi, fait un flop auprès des téléspectateurs : bien qu’on ne puisse pas tirer de conclusions définitives après seulement une semaine d’émissions, on peut constater une chute vertigineuse des audiences : 1,5 millions le premier soir, le lundi 14 décembre, 1 seul le deuxième. L’effet de surprise s’est vite dissipé. Hier soir, pour leur rentrée, les Guignols n’ont attiré que 500.000 abonnés. Et ce n’est pas le service de vidéos gratuites en ligne qui sauve la mise à Canal + : de 400.000 pour l’ouverture, le nombre de visionnages est tombé à 40.000 en fin de semaine.
Et comme si cela ne suffisait pas, la chaîne cryptée a perdu les droits télé de la Premier League, un de ses contrats phares, au profit du groupe Altice, diffusé par Patrick Drahi. Un véritable coup dur alors que Vincent Bolloré avait exprimer son intention de réinvestir dans le sport pour donner une nouvelle dynamique au groupe du câble. Désormais, le foot anglais, ce sera sur Ma Chaîne Sport.

Il mise sur D8, « la nouvelle grande chaîne »

Si la situation de Canal + ne semble pas florissante depuis sa reprise par Vincent Bolloré, ce dernier peut en revanche se féliciter des progrès de D8 (qui deviendra C8 cette année), une chaîne qu’il avait créé en 2005 avant de la revendre à …Canal + fin 2011.  A l’époque, elle s’appelait Direct 8.

Portée par son animateur fétiche, Cyril Hanouna, ses audiences sont au beau fixe, à l’image de l’émission de ce dernier, Touche pas à mon Poste, qui réunit en moyenne plus d’un million de fidèles. Pour sa rentrée, lundi 4 janvier, le talk-show de divertissement a même battu son record d’audience historique, en réunissant 1,94 million d’adeptes (8 % de PDA). Et si les quotidiennes sont un succès, les prime-time qu’anime le fantasque animateur ne sont pas en reste. Ainsi, le 21 novembre, son programme  « Touche Pas à Mon Prime – C’est que de l’amour », a rassemblé près de 1,68 millions de personnes pour 8,4 % de PDA (part d’audience), signant ainsi le meilleur score d’un prime sur la chaîne de la TNT.

Mais le succès de ce que Bolloré considère comme la « nouvelle grande chaîne » du PAF (c’est le slogan qu’il a choisi) ne repose pas uniquement sur les épaules du trublion de TPMP. Le choix des programmes y est également pour quelque chose. Ainsi, grâce à diffusion du premier volet de la saga « Hunger Games », le 21 octobre dernier, D8 a battu deux records en une soirée : en attirant 2,9 millions de téléspectateurs, elle a réalisé sa meilleure audience depuis sa création, et celle d’un film sur la TNT, toutes chaînes confondues.

Résultat, sur l’année 2015, c’est la 5ème chaîne nationale sur l’ensemble du public, avec 6,4% de PDA. Et, cerise sur le gâteau, le 9 décembre 2015, Vincent Bolloré s’est offert un joli cadeau de Noël en s’offrant les droits télévisés de la finale de la Ligue des Champions, jusqu’ici diffusée par TF1, pour les trois prochaines années. Ces droits sont détenus par BeIn Sports, mais la chaîne quatarienne a du remettre ces affiches sur le marché, leur présence sur la liste des événements sportifs majeurs les obligeant à être retransmis en claires. Coût de l’opération ? Environ trois millions d’euros.

Un moyen de souffler pour l’homme d’affaires breton, et de redorer (un peu) un bilan mitigé pour Canal +, la chaîne phare du groupe homonyme.

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