Pierre Siankowski, les enjeux d’une nouvelle direction

A 18 ans il achetait son premier exemplaire des Inrocks, à 24 ans il intègre la rédaction. En janvier 2016, à 39 ans, Pierre Siankowski en prend la tête.

Le premier exemplaire des Inrocks acheté par Pierre Siankowski en février 1994.

En poste depuis le début de l’année 2016, le premier numéro des Inrocks sous l’égide de Pierre Siankowski paraît mercredi 6 janvier. L’occasion pour l’hebdomadaire de changer d’image … ou pas. A 39 ans, l’homme connaît bien la maison. Pierre Siankowski a commencé en 2000 dans la rédaction des Inrocks. Après un passage au Grand Journal sur Canal + (qui ne se porte plus très bien depuis la rentrée), le jeune barbu revient pour prendre la tête du magazine. Souvent critiqué, Les Inrockuptibles connaissent de nombreux détracteurs. Siankowski doit en tenir compte. Ce qui, selon lui, ne représente pas un problème puisque “ces détracteurs ont toujours été“. Il ajoute même ne pas “faire le magazine ni pour ni contre ces gens-là“. Cependant de nombreux points sont souvent pointés du doigt lorsque l’on parle des Inrocks.

Quel modèle pour le site web ?

Article de fond ou bien générateur de clics ? Le site Buzzfeed, lui, choisit et assume la deuxième option. Par contre, on reproche à la plupart des sites web de magazine de faire des articles aux titres racoleurs pour attirer l’internaute. C’est le cas de L’OBS, qui, depuis sa « rénovation » n’hésite pas à partager des articles ayant pour but : le buzz. Serait-ce aussi le cas pour le site web de notre cher magazine des Inrocks ?

Exemple d’article partagé sur la page Facebook de L’OBS.

De passage dans l’émission L’instant M, sur France Inter, Pierre Siankowski considère le site web comme étant “le coeur du journal“. Selon lui, “il fait vivre le magazine au quotidien. Il faut donc y développer la vidéo. Et même si on continuera à faire des articles plus légers et marrants, il y aura toujours des articles de fond“. Une réponse plutôt neutre du jeune directeur, qui ne souhaite pas être comparé à une machine à clics.

Des goûts changeants

Le groupe de rap PNL qui fait la quasi-unanimité au sein de la rédaction des Inrockuptibles en 2015.

Rappelons-le, dans les Inrockuptibles, il y a rock ! Même si le magazine n’en fait pas sa spécialité, il lui a été récemment reproché le fait de trop orienter la ligne éditoriale vers les nouvelles tendances (plus ou moins éphémères) du rap notamment. Pour la fin d’année 2015, dans la sélection des meilleurs album des journalistes de la rédaction, les noms qui reviennent souvent sont Booba, PNL, Nekfeu ou encore Odezenne. Sans parler de qualité artistique, il faut avoir conscience que de tels choix éditoriaux engendrent la perte d’un lectorat fidèle. Le rock indé se fait petit dans un magazine, qui, au départ accordait une place importante à ce genre. Pour la plupart, les abonnés des premières heures ne sont plus là.

Trop snob pour être cool ?

Dans un article, paru sur le site d’Acrimed, Mathias Reymond critique sévèrement le magazine. Ce maître de conférence en sciences économiques dénonce la promotion de produits de consommation peu répandus et hors de prix dans la rubrique Où est le cool ?. Il est pointé ici, deux éléments importants. D’abord, l’assimilation du « cool » avec des produits très chers. Ensuite, la promotion des produits des annonceurs qui sont prêts à mettre le prix pour bénéficier d’une publicité dans les pages du magazine. D’autant plus que les prix ne sont pas indiqués dans la rubrique, d’où la nécessité d’enquête réalisée par le journaliste d’Acrimed.

« Les Inrocks, aristocrates xénophobes et suffisants » Laurent Herblay

Par ailleurs, à travers certains articles, le magazine est souvent qualifié de snob étant réservé uniquement à une élite parisienne assez cultivée pour comprendre les références. Laurent Herblay, sur son blog Gauliste Libre, se lâche à propos d’un article des Inrockuptibles sur le sujet des fêtes de Bayonne. Son article fait du bruit et sera repris par Marianne et Agoravox.

Essuyant ces critiques, Pierre Siankowski et son équipe parviendront-ils à redorer le blason d’un magazine qui été pendant longtemps une référence dans son domaine ?

Réponse dans le premier numéro de l’année 2016, avec Charline Vanhoenacker en Une.

La Une du premier numéro de 2016 sous Pierre Siankowski.

 

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