Jusqu’où ira l’empire Drahi ?

Patrick Drahi,  14 milliards d’euros d’actif,  3e fortune de France,  57e au niveau mondial  : le décor est planté. L’homme d’affaire encore méconnu du public avant le rachat de SFR- Numéricable fait désormais partie des « poids lourds » dans les médias. Influence, argent, ou silence médiatique éléments de réponses. 

La galaxie Drahi

À la tête du groupe Altice, l’israélien cumul les investissements,  après avoir fait fortune dans les télécoms, l’homme d’affaire possède à présent  SFR- Numéricable, Portugal Télécom, avant d’acquérir en décembre 2015 Suddenlink et Cablevision pour 24 milliards d’euros malgré les blocages de la ville de New York. Un an après sa création,  Altice Media a englobé  Libération, L’express, L’Expansion, Stratégies, i24News ou encore le 49 % du groupe NextradioTv (RMC, BFM, 01,… ) en juillet 2015.  Plus récemment, l’investisseur obtient les droits TV du FC Porto et tente de mettre la main sur de Télé 7 jours, France Dimanche et Ici Paris au groupe Lagardère. Le tout financé à 100 % par une dette qui atteint la somme vertigineuse d’une cinquantaine de milliards d’euros. Au point que le groupe annonce  mi-octobre  que Numericable-SFR allait empresser 2,5 milliards d’euros pour payer les dividendes d’Altice. Des emprunts que l’homme d’affaire arrive toujours a négocier, grâce à un contexte économique favorable:  les politiques soutiennent les Banques centrales américaine et européenne qui font couler l’argent à flots. Il faut dire que l’argent n’a jamais été aussi peu cher, et cette abondance de liquidité incitent les investisseurs à rechercher de nouveaux placements. Quand l’homme d’affaire rachète SFR en 2014 pour 14 milliards d’euros, le groupe Altice se voit proposer six fois les montants qu’il recherchait. La maison mère de Numéricable-SFR s’endette à des taux qui sont 10% plus bas que ceux d’Orange il y a 10 ans.


L’activité médiatique autour de Patrick Drahi commence après sont intention de rachat de SFR    

Après les achats, on coupe les finances. 

A chaque investissement, la procédure est la même pour Patrick Drahi. À son arrivée à la tête de SFR, l’homme d’affaire  laisse partir 200 cadres gagnant plus de 150 000 euros/ an. « Je n’aime pas payer des salaires. J’en verse le moins possible » avait-il ainsi lancé à une conférence organisée par Goldman Sachs. Deuxième étape Patrick Drahi commence par cesser de payer ses sous-traitants tout simplement. Il rappelle ensuite ceux de son choix, et leur donne son prix. Une méthode qui paye pour l’investisseur, malgré de nombreuses condamnations en justice. Depuis 2008, SFR et Completel ont été condamnés 12 fois pour des factures impayées par le tribunal de commerce de Paris. Dans 9 autres cas, les deux sociétés ont échappé à la condamnation en réglant ses ardoises juste avant le jugement. De fait, de nombreuses TPE et PME se trouvent en situation tension avec le groupe Altice. « Ces pratiques aboutissent à une fragilisation des TPE ou PME, qui n’ont pas le pouvoir de s’exprimer et qui font face à procédés proches du chantage. C’est pour cela que Syntec Numérique a choisi de s’en mêler », ajoute Guy Mamou-Mani à nos confrères de Silicon.

 

  Une stratégie pour l’instant payante  

Au 30 juin, Numericable-SFR disposait de 22,49 millions de clients mobiles. C’est 599.000 clients de moins qu’au trimestre précédent, où il avait déjà perdu 445 000 clients. Sur un an, le groupe a perdu près de 1,2 million de clients, mais SFR est dans le vert depuis le printemps 2015 avec un bénéfice net trimestriel de 79 millions d’euros, contre une perte de 116 millions au premier trimestre 2014. Pour faire de SFR une machine à cash, Drahi mise sur les synergies en fusionnant les les moyens techniques, commerciaux et marketing avec Numericable, lors du rachat de SFR, Patrick Drahi s’était fixé pour objectif de réaliser 1,1 milliard d’euros d’économie par an à partir de 2017. Pourtant l’objectif a atteint dès la première année du rachat, en 2015. Nul doutes que les cadres n’ont pas été les seul à quitter le navire d’Altice. Le groupe Numericable-SFR a perdu plus de 1000 emplois en un an, estime un représentant syndical.

Drahi le futur Messier ?

La stratégie d’endettement et de rachat de Patrick Drahi commence à inquiéter au plus haut sommet de l’Etat, « Il faut faire attention à ne pas fonder un empire sur le sable de l’endettement » avait lancé Michel Sapin lors de la proposition de rachat de Bouygues Télécom par Altice en juin 2015. A ce stade de spéculation, difficile de ne pas repenser à Jean-Marie Messier avec Vivendi :  35 milliards d’euros de dette en 2002 ou encore au cas de France Telecom qui s’était retrouvé endetté au début des années 2000 à hauteur de 70 milliards d’euros (record absolu à ce jour pour une entreprise française).

  Y a-t-il un risque de voir disparaitre la bulle Altice ? Jusqu’à présent les banques, dont la BNP Paribas ont une confiance aveugle dans la stratégie mené par Drahi : financer sa dette par des gains de productivité. A la différence des nombreux rachats de Vivendi sous l’ère Messier, les acquisitions de Patrick Drahi  génèrent de vrais revenus. Mais en cas d’épuisement, quel avenir peut découler de ces titres de presse, l’Etat viendrait-il plus facilement en aide à une entreprise de presse qu’une autre industrie pour défendre la pluralité des médias ? En reprenant des titres comme Stratégies, BFM Business  ou encore l’Express, Patrick Drahi ne s’offre t-il pas une certaine paix médiatique dans la presse économique ? Le risque de l’autocensure de la part des journalistes qui vont par exemple arrêter d’enquêter sur le secteur des télécoms pour ne pas déplaire potentiellement à leur actionnaire est prévisible. La concentration des médias est devenue plus que jamais devenue centrale pour protéger le pluralisme des médias.  « Quand on voit Xavier Niel qui crée aujourd’hui un fonds d’investissement, avec Matthieu Pigasse, de plusieurs millions d’euros pour racheter des médias, on voit bien que ce n’est pas dans la logique de synergiser l’activité de télécoms de Xavier Niel mais bien de construire un empire médiatique, en France et à l’international. » souligne Julia Cagé, économiste des médias.

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