Intelligence artificielle, algorithme : les robots dans le journalisme

De nombreux robots bénéficiant d’une intelligence artificielle commencent à s’intégrer à notre vie quotidienne, tant dans notre vie privée que publique. Ces robots rentrent en interaction avec les hommes et deviennent de plus en plus susceptibles de prendre des décisions autonomes dans un environnement interactif.

Alors que les robots algorithmes ont en effet déjà fait leur apparition dans différents secteurs (finance, tourisme), ils commencent peu à peu à se faire une place dans le journalisme moderne. Lors des dernières élections régionales début décembre, de nombreux sites comme celui du Monde, du Parisien ou encore de L’Express ont utilisé des algorithmes robots pour produire des textes courts sur les résultats ville par ville. Après le premier article du Los Angeles Time rédigé par un robot lors d’un tremblement de terre en 2014, cette pratique se répand donc plus largement.

L’AFP utilise depuis 2012 un algorithme pour rédiger des articles à partir de statistiques. Pour Hille Van Der Kaa (@HillevanderKaa), chercheuse à l’université Fontys d’Eindhoven (Pays-Bas), « la crédibilité des robots journalistes dépend du sujet traité pour les lecteurs ». L’écriture sur l’économie factuelle est donc plus facile à réaliser pour un robot, comme l’écriture de la météo et des prédictions, alors que celle de sujets sportifs est plus difficile car moins répétitive et nécessite un algorithme plus complexe. En Chine, le présentateur météo de la chaîne Shanghai Dragon TV n’a même plus une apparence humaine (vidéo ici).

Le plateau de l’émission matinale de Shanghai Dragon TV où officie XioaIce pendant la météo.

De nombreux avantages se présentent avec cette opportunité. Tout d’abord, un gain de temps considérable pour tous les formats courts, qui ne demandent pas une syntaxe trop développée. En effet, ces robots sont encore loin de concurrencer la plume des journalistes, ils restent limités et « sont encore incapables d’écrire les phrases complexes ou élégantes que l’on trouve habituellement dans les journaux » selon Hille Van Der Kaa. Les rédactions limitent donc leur usage à de petites brèves ne nécessitant pas de syntaxe développée.

Les temps donc records s’ajoutent au coût largement inférieur à celui d’un humain pour le même travail donnée. Pendant les départementales de printemps 2015, un robot rédacteur a écris pas moins de 36.000 articles pour lemonde.fr pendant la soirée électorale du dimanche.

Les éditeurs de presse y voient eux le moyen d’augmenter leur audience en ligne pour avoir davantage de revenus publicitaires, alors que les rédacteurs en chef ont l’opportunité de délaisser ce travail et de se tourner plus en vers les reportages. Lou Ferrara, directeur de l’Associated Press , veut privilégier ce genre journalistique. « Je ne peux pas me permettre d’avoir des journalistes qui perdent du temps à répertorier des données. En revanche, j’ai besoin de plus de reportages », explique-t-il.

Alors que beaucoup de questions se posent sur ce renouveau journalistique, Jean-Gabriel Ganascia assure que « ces algorithmes, comme les nouvelles technologies, ne détruisent pas les métiers, mais les transforment. » De plus, d’après cet article sur OhMyBox.info(@ohmyshambles), les hommes et machines sont complémentaires, mais une inquiétude se fait ressentir sur cette place grandissante des robots. « Dans un contexte difficile, l’arrivée du robot journalisme a des raisons d’inquiéter, d’autant qu’il s’ajoute à quantité d’autres préoccupations telles que la redéfinition du rôle et des missions des journalistes, et la fin d’un monopole sur l’information », explique l’auteur. Pour Victor Hernandez, les journalistes doivent trancher concernant la dimension qu’ils veulent donner au robot journaliste.

Mais il faudrait différencier un statut juridique spécifique aux robots qui ont une intelligence artificielle, avec un but qui n’est pas de remplacer le journaliste, mais d’écrire des articles d’analyse ou de prédiction qui n’auraient pas été écris sans robots.

Le monde des médias risque ainsi d’être de plus en plus caractérisé par les robots en 2016, avec l’arrivée des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Et certains s’attaquent même au développement de l’humour chez les robots. Patrick McNally (@patrickwaynemc), étudiant-chercheur, désire mettre point un système de fabrication de bandes dessinées appelé Manatee Comics. L’objectif : démonter, reproduire et automatiser le mécanisme des plaisanteries basées sur une comparaison, une chute inattendue, un paradoxe… Et l’étudiant paraît sûr de lui : « Je vais prouver qu’une machine peut générer du contenu humoristique de façon robuste et régulière. »

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